Ce qui rend quelqu’un vraiment beau

Je crois que je préfère les gens un peu trop.

Un peu trop tatoués.
Un peu trop sexuels.
Un peu trop vieux pour leur tenue.
Un peu trop jeunes pour leurs fantasmes.
Un peu trop féminins.
Un peu trop masculins.
Un peu trop bruyants.
Un peu trop libres.

Les gens parfaitement à leur place dans la moyenne m’ennuient assez vite.

Je ne dis pas qu’ils sont moches. Loin de là.

Je dis qu’on ne les remarque pas comme on devrait.

Et puis il y a ceux qui ont décidé, consciemment ou pas, qu’ils allaient vivre avec leurs propres règles.

Ce sont presque toujours eux que je regarde.

La beauté n’a jamais vraiment été le problème

On nous a tellement expliqué ce qu’était un beau corps qu’on finit par oublier que le désir n’en a rien à foutre.

Une belle paire de seins peut laisser complètement froid.

Un ventre rond peut devenir obsédant.

Un cul parfaitement sculpté peut ne provoquer absolument rien.

Et puis quelqu’un se retourne.

Il sait qu’on le regarde.

Il ne baisse pas les yeux.

Il sourit à peine.

Et soudain, ce n’est plus une question de cul, de seins ou de visage.

C’est une question d’attitude. D’incarnation.

Quelqu’un qui assume devient immédiatement plus intéressant.

Parce qu’assumer quelque chose, c’est prendre un risque.

Et le désir aime bien les risques.

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Il y a une énorme différence entre être sexy et vouloir avoir l’air sexy

La première fois qu’on rencontre quelqu’un, on peut assez facilement voir la différence.

La personne qui veut avoir l’air sexy surveille son image.

Elle sait où mettre ses mains.

Elle sait comment sourire.

Elle sait quelle partie de son corps montrer.

Elle joue le rôle de quelqu’un de désirable.

L’autre ne joue pas.

Elle peut être beaucoup moins conventionnelle.

Elle peut même être franchement bizarre.

Mais elle semble savoir quelque chose que les autres ont oublié :

son corps n’est pas un objet soumis à l’approbation générale.

Il lui appartient.

Et elle en fait ce qu’elle veut.

C’est là que ça devient excitant.

Ça peut être très sexuel

Une femme qui dit tranquillement qu’elle aime être regardée.

Un homme qui avoue qu’il adore être désiré par plusieurs personnes.

Une personne qui te raconte qu’elle a découvert qu’elle aimait le sexe avec des inconnus.

Une autre qui te dit qu’elle préfère être attachée.

Quelqu’un qui aime dominer.

Quelqu’un qui aime obéir.

Quelqu’un qui n’a aucune envie d’essayer tout ça mais qui sait exactement ce qu’il aime et ne se justifie pas.

Je trouve ça beaucoup plus sexy que quelqu’un qui connaît parfaitement toutes les bonnes poses pour avoir l’air sexy.

Parce que le sexe commence rarement avec un corps.

Il commence avec une permission.

La permission de vouloir.

La permission de dire non.

La permission de changer d’avis.

La permission d’être curieux.

La permission de découvrir qu’on aime quelque chose qu’on n’aurait jamais imaginé aimer.

Et surtout la permission de ne pas avoir à transformer tout ça en identité définitive.

On peut aimer être sage le lundi et beaucoup moins le samedi soir.

Ça ne fait pas de nous une personne différente.

Ça fait de nous une personne.

J’ai pensé à ça à Berlin

Pas longtemps.

Je n’ai pas envie de faire de Berlin le sujet.

Mais il y a quelque chose là-bas qui rend cette idée particulièrement visible.

Tu peux marcher dans une rue et croiser une femme de cinquante ans habillée comme si elle sortait d’un club à trois heures du matin.

Un mec en cuir.

Une fille presque nue.

Deux hommes qui s’embrassent.

Une personne dont tu ne sais absolument pas comment elle se définit et qui semble parfaitement s’en foutre.

Et personne n’a l’air de vouloir expliquer quoi que ce soit.

Ils sont juste là.

Ça me plaît.

Parce qu’au fond, c’est assez rare.

On passe beaucoup de temps à essayer d’être compréhensible pour les autres.

Je trouve ça épuisant.

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Je préfère quelqu’un qui assume ses contradictions

C’est probablement ça, finalement.

Une personne intéressante n’est pas forcément quelqu’un qui sait exactement qui elle est.

C’est quelqu’un qui accepte de ne pas être parfaitement cohérent.

Tu peux aimer le romantisme et baiser comme une brute.

Tu peux être très pudique et adorer être regardé nu.

Tu peux être en couple et avoir des fantasmes qui ne concernent pas uniquement ton partenaire.

Tu peux être hétéro et avoir envie d’embrasser quelqu’un du même sexe.

Tu peux aimer les hommes et ne pas aimer la masculinité.

Tu peux être une femme très féminine et détester qu’on te dise comment une femme doit se comporter.

Tu peux avoir cinquante ans et avoir envie de découvrir quelque chose que tu n’as jamais osé faire à vingt ans.

Tu peux changer.

Encore. Et encore.

C’est même probablement la partie la plus intéressante.

Le problème, c’est qu’on veut toujours nous ranger quelque part

Sexy mais pas trop.

Libérée mais pas vulgaire.

Kinky mais pas bizarre.

Belle mais pas prétentieuse.

Désirable mais pas sexuelle.

Sexuelle mais pas salope.

Vieille mais pas vieille.

Jeune mais pas provocante.

On passe notre temps à négocier avec les frontières.

Et quand quelqu’un décide simplement de les ignorer, ça dérange.

Tant mieux.

Il y a quelque chose de profondément attirant chez les gens qui ne cherchent plus à être facilement classables.

Ils peuvent te plaire.

Ou pas.

Ils peuvent choquer.

Ou pas.

Mais ils laissent quelque chose derrière eux.

Une impression.

Une envie.

Une question.

Et c’est déjà beaucoup.

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Alors, qu’est-ce qui rend quelqu’un vraiment beau ?

Je ne pense plus que ce soit le corps.

Ni le visage.

Ni l’âge.

Ni le cul.

Ni les seins.

Ni la peau parfaite.

Ce qui rend quelqu’un beau, c’est le moment où il devient propriétaire de lui-même.

Quand il ne demande plus :

« Est-ce que ça se fait ? » mais : « Est-ce que j’en ai envie ? »

Quand il ne demande plus :

« Est-ce que tu me trouves sexy ? » mais : « Est-ce que moi, je me sens sexy ? »

Quand il arrête de cacher ce qu’il aime.

Quand il ose dire ce qui l’excite.

Quand il peut reconnaître un fantasme sans forcément avoir besoin de le réaliser.

Quand il peut le réaliser sans avoir besoin de l’expliquer.

Quand il comprend que son corps n’est pas un dossier à améliorer avant de pouvoir commencer à vivre.

Et peut-être surtout quand il accepte que sa vie sexuelle ne soit pas une démonstration de ce qu’il est censé être.

Juste quelque chose qu’il peut explorer.

Changer.

Inventer.

Ou laisser tranquille.

Je crois que c’est ça que je trouve beau.

Pas quelqu’un qui est parfait.

Quelqu’un qui est devenu difficile à faire rentrer dans une case.

Quelqu’un qui peut te regarder avec un petit sourire et te faire comprendre qu’il sait exactement ce qu’il aime.

Même si ce qu’il aime ne ressemble pas du tout à ce que toi tu aurais choisi.

C’est peut-être ça, au fond, la vraie beauté.

Ne plus essayer d’être quelqu’un de beau.

Devenir quelqu’un de vivant.

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